La start-up a conquis la France et compte 200 000 inscrits, 1820 à Marseille. La surveillance entre dans les mœurs.

La Provence - Marseille 21-08

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Comme tous les matins, Frédéric et Jean-Charles arpentent les allées fleuries et paisibles de leur résidence, dans le 9er arr. Très impliqués dans la vie de leur lotissement, ces deux retraités plein d’énergie surveillent les allées et venues et veillent à la tranquillité du voisinage. C’est pour cette dernière raison qu’ils se sont décidés à inscrire leur résidence au dispositif proposé par le site Voisins vigilants.

C’est l’expérience d’un ami de Frédéric qui les a décidés à sauter le pas. « Mon ami habite dans un lotissement de St-Barnabé et s’est fait cambrioler plusieurs fois. Il a cherché une solution et a trouvé Voisins vigilants. Il a poussé les habitants de sa résidence à s’inscrire et grâce au site, ils ont même pu mettre en fuite quelqu’un qui faisait du repérage dans leur quartier« . Depuis avril, on peut voir, placardé sur les boîtes aux lettres et les portails de la résidence le logo du site, l’oeil noir grand ouvert .

Des alertes par SMS

Inspiré du site américain Neigbourhood WatchVoisins vigilants est un réseau social de voisinage sur lequel les habitants d’un village, d’un quartier ou même d’une barre d’immeuble peuvent s’organiser en communauté et veiller eux-mêmes à la sécurité de leur habitat. Le site met à disposition des membres des outils, dont un système d’alertes sms. Cette fonctionnalité est la plus prisée des utilisateurs, dont la principale motivation est de lutter contre les cambriolages. Car en cas d’événement suspect, les membres d’une communauté peuvent envoyer un message qui sera reçu par tous les autres et prévenir les autorités.

Pour Frédéric, adhérer à ce dispositif participe d’une démarche bien particulière. « Ce qui est intéressant, c’est qu’on devient les premiers artisans de notre sécurité. On ne peut pas tout attendre de la police. Si on ouvre les yeux, ça permet de dégrossir le travail« , assure le retraité. Et la start-up marseillaise connaît un succès indéniable. Au lancement du site en 2012, il y avait environ 5 000 adhérents. Ils sont aujourd’hui 200 000, dont 28 000 en région PACA et 1 820 à Marseille.

Le concept s’est même exporté dans des pays limitrophes, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg, à la seule faveur du bouche-à-oreille. Sébastien Abarasz, cofondateur du site, parle d’un « phénomène de société« . Aujourd’hui, le concept s’étend et l’entreprise met en place des « mairies vigilantes », des partenariats dans le cadre desquels le site met ses outils à disposition des mairies et leurs polices municipales. Les habitants de ces communes sont associés au dispositif en surveillant leur quartier et en faisant remonter des alertes sms à leurs voisins et à la police. Ce service ne concerne, pour le moment, que des petites communes.

Travailler main dans la main avec la police

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D’après Sébastien Abarasz, le site permet de « recréer une entraide et de la solidarité dans les quartiers, grâce à une plate-forme qui fluidifie les échanges« . Mais cette solidarité et le succès de l’entreprise reposent fondamentalement sur un sentiment d’insécurité grandissant dans la société, de l’aveu même du cofondateur : « La seule convivialité ne fonctionne pas, comme le montrent les sites de nos concurrents. Les gens ont besoin de se sentir moins seuls dans leurs quartiers pour effacer le sentiment d’insécurité. C’est une motivation forte. Les voisins entrent pour la sécurité, mais restent pour la convivialité ».

Les communautés de voisins vigilants peuvent travailler main dans la main avec la police, mais cela reste facultatif. Les dérives restent donc possibles, comme dans toute organisation privée de sécurité. On peut craindre que des voisins soient tentés d’intervenir directement et forment des milices de quartier. Du côté de Voisins vigilants, on assure prendre un maximum de précautions.

À ce jour, aucun débordement n’a été constaté. Selon Sébastien Abarasz, il existe une charte de bonne conduite : « C’est un point très sensible pour nous. Nous faisons passer le message suivant : le rôle du voisin vigilant est de signaler tout événement anormal aux policiers. Il ne doit surtout pas intervenir lui-même et ne doit pas organiser de rondes. Un seul incident remettrait l’existence de notre entreprise en cause« .

Avec en moyenne deux cent inscriptions par jour, l’aventure Voisins vigilants ne semble pas près de s’arrêter !

Vous pouvez retrouver cet article sur le site internet de La Provence.